Ca y est, nous y voilà donc. La Marmotte est un vieux rêve pour moi, je m’y étais déjà engagé en 2004 mais des problèmes de véhicule m’avait fait renoncer à mon graal au dernier moment. En fait, à l’époque, je pense que ça m’arrangeait bien tant cette épreuve me faisait peur. Cette année, pas question de se défiler et ce sera d’autant plus simple que je ne suis pas seul à me lancer dans cette épreuve. Accompagné d’autres forummeurs de vélo 101, c’est beaucoup plus simple et on se pose beaucoup moins de questions même si les interrogations restent nombreuses.
C’est donc en compagnie de 7 autres guerriers revêtus pour l’occasion du désormais célèbre maillot blanc Vélo 101 que nous nous rendons sur la ligne de départ à Bourg d’Oisans. Petit moment de panique avant même le départ puisque Raphaël a la merveilleuse idée de percer en pleine descente de l’Alpe d’Huez !!! Etant proche de lui, je suis le seul à entendre son désarroi et je m’arrête donc pour lui filer un coup de main pour réparer. Je vous le donne en mille, le Rapha a le toupet de me demander de lui donner une chambre à air pour la suite de l’épreuve, soit disant qu’il n’en a pas d’autre … ! On ne me l’avait jamais faite celle là ! Un peu plus, il me demandait ma pompe ! Après une réparation bien menée, nous rejoignons donc nos coéquipiers qui semblaient être bien inquiets pour le coup. Nous nous dirigeons ainsi tous sur la ligne de départ. Petite séance de photos tous ensembles et nous pénétrons dans le sas dans l’attente du départ.


A 7H, c’est parti pour une petite ballade de 175 km su les routes de l’Isère, de la Savoie et des hautes Alpes. Ca part plutôt vite, plutôt trop vite pour moi qui part dans l’inconnu. Je ne me mêle pas au groupe de tête, je ne veux pas griller mes cartouches sur les 10 km de plat qui nous mènent au pied du barrage d’Allemont. Salut Karl, Salut Rapha, on se revoit à l’arrivée.
Km 15, on attaque l’ascension du col du Glandon, on va vite être fixé sur l’état de forme. Les 5 premiers km de la montée qui nous emmènent au Rivier d’Allemont sont à 8.5% de pente de moyenne. Après le passage au Rivier d’Allemont la pente reste rude durant 2 km pour diminuer gentiment à mesure que l’on se rapproche du sommet. Le rythme s’accentue à partir du barrage de grand maison et à mesure que l’on se rapproche du sommet ; un paysage verdoyant nous fait ainsi face, c’est tel que je l’imaginais après l’avoir vu à la TV. Passage au sommet en 1h46, je suis largement dans les clous moi qui pensais passer aux alentours des 2h – 2h15.
Pas le temps de réfléchir, je me lance dans la descente très technique du Glandon ; je reste cependant prudent, la course ne se gagne pas dans la descente mais on peut y perdre beaucoup plus. Difficile cependant de ne pas se laisser griser par la vitesse ; les courbes s’enchainent les unes derrière les autres et c’est un réel plaisir. Cependant, au fur et à mesure de la descente, la qualité de la route devient de moins en moins bonne et le billard du haut fait place à une chaussée plutôt bosselée. Là, c’est déjà moins intéressant et il me tarde d’être en bas d’autant plus que la nuque se fait raide et qu’une douleur à l’épaule droite se fait également sentir.
Dans la vallée de la Maurienne, j’en profite pour m’alimenter. Bien au chaud dans un groupe de 30-40 coureurs, nous revenons sur un autre groupe d’une quarantaine de gars. Au pied du télégraphe, mon copain Francky me rejoint et m’encourage.
Et c’est parti pour l’ascension du télégraphe, col que j’avais découvert en 2002 et qui est plutôt régulier tout au long de ses 12 km à 7%. Pas vraiment difficile, le télégraphe est assez agréable à escalader et le compteur se stabilise autour des 15 km/h sans à-coups, ça me va plutôt bien. Je fais la connaissance dans ce col d’un gars de l’Eure, ça fait du bien d’entendre parler Français et on va ainsi papoter pendant toute la montée du col, ca aide à trouver le temps moins long ; j’essaye de profiter au mieux de son expérience puisqu’il a fait la Marmotte l’année précédente. Au sommet, petit arrêt éclair pour remplir mon bidon d’eau et pour boire 2 gobelets d’Isostar. Je fais également la connaissance d’Eric Duranton (9 marmottes consécutives) qui m’indique que mon temps au sommet du télégraphe est à multiplier par 2 pour obtenir mon temps final ; je suis sur les bases de 7h30, bien mieux que les 8h espérées ; cependant, le plus dur est à venir et il ne faut pas craquer.
Petite descente rapide sur Valloire et on attaque enfin le Galibier, ce col mythique que j’avais grimpé en 2002 pour la seule et unique fois, un de mes plus beaux souvenir de vélo à ce jour. Aussi, je me souvenais de cette fameuse rampe à 10% en sortie de Valloire mais ce n’est pas très long, 1 petit km et après, on bénéficie de 2.5 km gratuit comme je l’indique à mon copain de l’Eure qui m’a rejoint à Valloire. Profitons-en, car après, les choses sérieuses commencent. En effet, tout doucement, la route s’élève, on s’enfonce dans des paysages grandioses, on se sent tout petit face à la montagne, le panorama est magnifique et gentiment on s’approche de Plan-Lachat. On peut ainsi voir au loin le long défilé des coureurs…
A Plan-Lachat, je jette un coup d’œil à ma droite pour découvrir la dernière partie du col, la plus belle, la plus difficile. Décidemment, je n’appréhende pas cette montée, je n’ai que des bons souvenirs de 2002, je n’avais souffert que lors du dernier km, après le passage à côté du tunnel du Galibier. J’aime ce col, mon préféré et il me le rend bien ; certes, la pente devient encore plus rude mais je me sens bien ; je souffre certes comme beaucoup (comme tous même) mais ça se passe au mieux. Plus on monte, plus la pente augmente (le dernier km nous offre un 10% de moyenne). A 3 km du sommet, petit encouragement de Marie ; je pense à Philippe, son rêve est d’arriver en haut de ce mythe, je sais qu’il va en baver. Mon compteur oscille entre 9 et 13 à l’heure, je joue entre le 24 et le 27 dents en alternant position assis et danseuse. Mon copain de l’Eure n’est pas loin derrière, à 50 m, une bonne compagnie, j’espère qu’il basculera avec moi. Et puis c’est le sommet, les encouragements de tous me vont droit au cœur, j’en ai des frissons, qu’est ce qu’on est bien. Le paysage est grandiose mais pas de temps à perdre. Mon chrono affiche 5h15 (j’espérais passer en 5h30), les 8h sont plus que jouables.
Je remonte les manchettes et bascule dans la descente. Petit coup d’œil au monument dédié à Henri Desgranges 1 km plus bas et là encore je reste prudent en essayant néanmoins de hausser le rythme ; je sens que j’ai encore pas mal de jus, il est temps de se lâcher enfin. Passage au Lautaret et c’est parti pour la longue descente nous ramenant à Bourg d’Oisans. En 2006, lors de l’EDT, je me souviens m’être cramé dans cette descente et j’étais arrivé au pied de l’Alpe très fatigué. Je ne ferai pas la même erreur cette fois-ci. J’intègre un groupe de 7 coureurs, on va ainsi rester ensemble jusqu’en bas. Je prends quelques relais lorsque mon tour arrive tout en en gardant pour la suite. Cette descente est toujours aussi bosselée et les passages de tunnel toujours aussi dangereux. Cependant, une fois de plus, tout va pour le mieux et même la cohabitation avec les automobilistes se passe bien. Je relance même l’allure du groupe dans les petits « coups de cul » aux passages des barrages de Fréney et du Chambon, ceux là même ou j’étais complètement à l’agonie il y a 2 ans. Je m’alimente une nouvelle fois avant Bourg d’Oisans car après ce ne sera plus possible.
Pied du « monstre », j’aperçois le dernier ravitaillement trop tard…tant pis, il reste la moitié d’un bidon, ça devrait bien le faire ; mon chrono affiche 6h22, c’est au delà de mes prévisions. A l’entrainement, ce mercredi, j’avais escaladé les 21 virages en 1h07 (jusqu’à l’arrivée du tour de France, qui est différente de celle de la Marmotte) ; compte tenu de mon état de fraicheur et de ma motivation, un rapide calcul m’amène à envisager 7h35…si je ne craque pas.
Au bout de 160 km, cette montée n’est pas une simple affaire. Le pied est très difficile avec les 5 premiers virages à plus de 9% ; je gère tant bien que mal prenant lacet après lacet en me fixant des objectifs à court terme. Là, tout se passe dans la tête, il faut essayer de penser à autre chose mais la souffrance est toujours présente.
Le passage à La Garde me fait le plus grand bien, un petit replat qui est le bienvenu ; j’attrape un gobelet d’eau tendu par un bénévole, à cette vitesse, je n’en renverse même pas une goutte !
Et puis ça continue, virage 15, 14, 13, 12…les encouragements me font du bien mais que c’est dur. Je profite du replat de chaque lacet pour essayer de retrouver des forces ; des nuages ont fait leur apparition pour nous préserver du soleil.
Arrivée à 5 km, 4 km…au détour d’un virage à Huez en Oisans, on aperçoit enfin les premières habitations de la station mais tout ça parait encore bien loin.
Arrivée à 3 km, je me concentre sur l’effort à fournir, je jette mes dernières forces, j’ai « le nez dans le guidon » et patatras, je me retrouve par terre !!! Tellement concentré sur l’effort que je n’ai même pas vu un autre coureur devant moi se trainant encore plus que bibi ! Bref, c’est de plein fouet que je me suis pris l’obstacle, à environ 9-10 km/h. Comme quoi, il faut être vigilant jusqu’au bout et j’aurai pu me faire mal. Heureusement, il n’en est rien, petit coup d’œil rapide au destrier (petite griffe sur la pédale, guidoline et selle légèrement abimée) et c’est reparti ; et curieusement, ce petit arrêt de 20 secondes m’a fait un bien fou. Je retrouve mes esprits, revient de nouveau sur ce fameux concurrent qui lui est resté debout, m’excuse à son passage et repart à l’assaut de la forteresse.
L’arrivée à l’Alpe d’Huez est un grand soulagement, je jette mes dernières forces pour rallier l’arrivée et c’est avec un immense sentiment de satisfaction que je passe la ligne d’arrivée en 7h33min ; c’est au delà de toutes mes espérances, je suis euphorique.
Je me classe 349ème de cette Marmotte (sur 7300 partants), à 1h30 du premier malgré tout mais là, c’est un autre monde. Je retrouve Karl et Raphaël à l’arrivée (7h03 pour l’un, 7h23 pour l’autre), je suis heureux comme un gamin.
Longtemps après mon passage, des gars vont passer la ligne d’arrivée tous aussi valeureux les uns que les autres ; le dernier mettra 13h42 (à 21h00 ce samedi) à boucler le parcours et je suis certain qu’il en retirera autant de satisfaction que moi.
Voilà, ce fut une magnifique journée de vélo ; je me demande bien ce que je vais pouvoir faire désormais ?



